Louis XVIII, d’après ses écrits Mansuétude du Roi, soif de sang des idéologues

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Quand Louis XVIII monte sur le trône, son premier souci est de restaurer la paix avec les nations européennes auxquelles la Révolution avait déclaré la guerre universelle. Pour réparer les blessures de la guerre civile révolutionnaire, il pratique aussi l’amnistie et va même jusqu’à maintenir les maréchaux de Bonaparte dans leurs prérogatives. Aussi, pendant la Restauration, le pays retrouve-t-il la route de la prospérité. Malheureusement quand Bonaparte s’évade de l’Île d’Elbe, le maréchal Ney — pourtant comblé d’honneur — trahit le Roi et rallie l’armée à l’usurpateur. Alors la guerre reprend et commence le carnage des Cent-jours. Nous remercions l’Institut de la Maison de Bourbon d’avoir permis la publication de cet article tiré des Nouvelles de l’Institut, numéro 19 (juillet-aôut-septembre 2019).

En cette année 2019 dont l’Institut de la Maison de Bourbon a décidé de faire une « année commémorative du roi Louis XVIII », il nous paraît intéressant, pour mieux comprendre ce souverain, de faire appel à ses propres écrits.
Pour cela, nous avons eu recours à un historien, contemporain du roi, A. Antoine de Saint-Gervais, né en 1776 et décédé en 1836. Auteur d’une Histoire de Sa Majesté Louis XVIII, Surnommé Le Désiré, depuis sa naissance jusqu’au traité de Paris de 1815 1, il nous y offre une compilation des principaux manifestes et déclarations qui permettent véritablement de saisir la personnalité réelle du comte de Provence puis du Roi Louis XVIII, une personnalité la plupart du temps déformée par des écrits mal intentionnés.

Le comte de Provence

Monsieur, frère du roi Louis XVI

Louis Stanislas Xavier de France naît à Versailles le 17 novembre 1755. Titré comte de Provence, il est le sixième enfant du dauphin Louis (1729-1765), lui-même quatrième enfant du roi Louis XV (1710-1774).
Le 14 mai 1771, le comte de Provence épouse, en la chapelle royale du château de Versailles, Marie-Joséphine de Savoie (1753-1810), fille du roi Victor-Amédée III de Sardaigne.
À la mort de Louis XV, les deux fils aînés du dauphin Louis étant décédés respectivement en 1761 et 1754, le troisième fils, Louis Auguste, né en 1754, monte sur le trône de France et devient Louis XVI. Le comte de Provence est, alors dit « Monsieur, frère du roi ».

L’exil du comte de Provence lors des troubles révolutionnaires

C’est bientôt la tourmente révolutionnaire. Louis XVI tente de quitter Paris le 20 juin 1791 lors de l’épisode appelé « fuite de Varennes ».
Début septembre de la même année, l’Assemblée termine la rédaction de la « Constitution du 3 septembre 1791 » et la soumet à la ratification du Roi. Cette constitution transfère la souveraineté du Roi à la Nation.
Le comte de Provence, quant à lui, a réussi à quitter la France le 20 juin et réside alors au château de Schönburnst, près de Coblence.

Lettre fraternelle et politique au Roi prisonnier

C’est de là qu’il s’adresse au Roi son frère dans un manifeste 2 daté du 10 septembre 1791. Un manifeste dont les sombres mises en garde ne peuvent apparaître que comme prémonitoires plus de deux siècles après…

Sire,
Lorsque l’assemblée, qui vous doit l’existence, et qui ne l’a fait servir qu’à la destruction de votre pouvoir, se croit au moment de consommer sa coupable entreprise ; lorsqu’elle ose vous présenter l’option ou de souscrire à des décrets qui feraient le malheur de vos peuples, ou de cesser d’être Roi, nous nous empressons d’apprendre à Votre Majesté que les puissances, dont nous avons réclamé pour elle le secours, sont déterminées à y employer leurs forces, et que l’Empereur et le Roi de Prusse viennent d’en contracter l’engagement mutuel. Le sage Léopold a signé cet engagement à Pilnitz le 27 du mois dernier, conjointement avec le digne successeur du grand Frédéric.
Les autres cours sont dans les mêmes dispositions… Ceux qui savent qu’on n’ébranle vos résolutions qu’en attaquant votre sensibilité, voudront sans doute vous faire envisager l’aide des puissances étrangères comme pouvant devenir funestes à vos sujets ; mais, Sire, les intentions des souverains qui vous donneront des secours sont aussi droites, aussi pures que le zèle qui nous a fait les solliciter ; elles n’ont rien d’effrayant, ni pour l’État ni pour vos peuples. Ce n’est point les attaquer, c’est leur rendre le plus signalé des services que de les arracher au despotisme des démagogues et aux calamités de l’anarchie ; c’est venger la liberté que de réprimer la licence ; c’est affranchir la nation que de rétablir la force publique…
L’ivresse, Sire, n’a qu’un temps ; les succès du crime ont des bornes ; on se lasse bientôt des succès quand on en devient soi-même victime. Bientôt l’on se demandera pourquoi l’on se bat, et l’on verra que c’est pour servir l’ambition d’une troupe de factieux qu’on méprise, contre un Roi qui s’est toujours montré juste et humain ; pour qui l’on se ruine ? Et l’on verra que c’est pour assouvir la cupidité de ceux qui se sont emparés de toutes les richesses de l’État…
L’assemblée vous a présenté, le 3 de ce mois, le résumé de son acte constitutionnel. Quel serait donc le danger auquel Votre Majesté s’exposerait si elle refusait d’accepter ?…
Le plus sacré des devoirs, Sire, ainsi que le plus vif attachement, nous portent à mettre sous vos yeux toutes ces conséquences dangereuses, en même temps que nous vous présentons la masse des forces imposantes qui doit être la sauvegarde de votre fermeté. Mais si des motifs que nous ne pouvons apercevoir, et qui ne pourraient avoir pour principe que l’excès de la violence, forçaient votre main de souscrire une acceptation que votre cœur rejette, que l’intérêt de vos peuples repousse et que votre devoir de Roi vous interdit expressément…
Nous protesterions pour vous et en votre nom…
Nous protesterions pour vos peuples, qui, ne peuvent, en ce moment, apercevoir combien ce fantôme de constitution leur deviendrait funeste.
Nous protesterions pour la religion de nos pères, qui est attaquée dans ses dogmes, dans son culte et dans ses ministres.
Dépositaire usufruitier du trône que vous avez hérité de vos aïeux, vous ne pouvez ni en aliéner les droits primordiaux, ni détruire la base constitutive sur laquelle il est assis.
Défenseur né de la religion de vos États, vous ne pouvez pas consentir à ce qui tend à sa ruine, ni abandonner ses ministres à l’opprobre.
Défenseur de la justice de vos sujets, vous ne pouvez pas renoncer à la fonction essentiellement royale de la leur faire rendre par des tribunaux légalement constitués…
Protecteur des droits de tous les ordres et des possessions de tous les particuliers, vous ne pouvez pas les laisser violer et anéantir par la plus arbitraire des oppressions… 3

L’avénement du roi Louis XVIII

Le comte de Provence devient roi

Comme l’avait prévu le comte de Provence, la tourmente révolutionnaire s’amplifie. Le roi, qui a ratifié la « Constitution du 3 septembre 1791 », est suspendu par décret de l’Assemblée législative du 11 août 1792.
Le 13 août, la famille royale est transférée au Temple. Louis XVI, condamné à mort par la Convention le 15 janvier 1793, est exécuté le 21 janvier.
Son fils, Louis XVII, proclamé Roi, le 28 janvier 1793 par le comte de Provence, depuis Hamm en Westphalie, décède le 8 juin 1795 au Temple.

Manifeste politique de Louis XVIII lors de la succession

Le comte de Provence prend alors le titre de Louis XVIII et publie le manifeste qui suit. Un manifeste, dans lequel il se livre, entre autres, à ce que l’on pourrait appeler un cours de droit constitutionnel.

Louis, par la grâce de Dieu, Roi de France et de Navarre, à tous nos sujets, salut :
En vous privant d’un Roi qui n’a régné que dans les fers, mais dont l’enfance promettait le digne successeur du meilleur des Rois, les impénétrables secrets de la Providence nous ont transmis avec la couronne la nécessité de l’arracher des mains de la révolte, et le devoir de sauver la patrie, qu’une révolution désastreuse a placée sur le penchant de sa ruine…

Des hommes impies et factieux, après vous avoir séduits par de mensongères déclamations et par des promesses trompeuses, vous entraînèrent dans l’irréligion et la révolte…
… en un mot, on a ébranlé, abattu les autels de votre Dieu, le trône de votre Roi, et vous avez été malheureux.
Il faut revenir à cette religion sainte qui avait attiré sur la France les bénédictions du ciel…

Et ne croyez pas ces hommes avides et ambitieux, qui, pour envahir à la fois vos coutumes et la toute-puissance, vous ont
dit que la France n’avait pas de constitution, ou que sa constitution vous livrait au despotisme : elle existe aussi ancienne que la monarchie de France ; elle est le fruit du génie, le chef-d’œuvre de la sagesse et le résultat de l’expérience.

En composant des ordres distincts le corps du peuple français, elle a gradué sur une exacte mesure l’échelle de la subordination sans laquelle l’état social ne peut se maintenir ; mais elle n’attribue à aucun des ordres aucun droit politique qui ne soit commun à tous ; elle laisse l’entrée de tous les emplois ouverte aux Français de toutes les classes ; elle accorde également la protection publique à toutes les personnes et à tous les biens…

Voilà de grands avantages : en voici de plus précieux encore : elle soumet les lois à des formes qu’elle a consacrées, et le souverain lui-même à l’observation de ces lois, afin de prévenir la sagesse du législateur contre les pièges de la séduction, et de défendre la liberté des sujets contre l’abus de l’autorité… Vos pères éprouvèrent-ils jamais les fléaux qui vous ravagent depuis que des novateurs ignorants et pervers l’ont détruite ?…
Cette antique et sage constitution dont la chute a entraîné votre perte, nous voulons lui rendre toute sa pureté, que le temps avait corrompue, toute sa vigueur que le temps avait affaiblie.

Les ministres d’un Dieu de paix, qui ne se sont dérobés aux violences de la persécution que pour nous conserver la foi, remplis du zèle qui éclaire, de la charité qui pardonne, enseigneront par leurs exemples, autant que par leurs discours, l’oubli des injures et le pardon des ennemis.

Cette noblesse qui n’a quitté sa patrie que pour la mieux défendre, qui n’a tiré l’épée que dans la ferme persuasion qu’elle s’armait pour la France et non contre elle…
Cette noblesse, qu’on s’efforce de mettre en butte à votre haine, n’oubliera pas que le peuple doit trouver en elle sa lumière, son secours, son appui…

Qui oserait se venger, quand votre Roi pardonne ? 4

L’exil du roi Louis XVIII en Lettonie

Mariage du duc d’Angoulème, neveu de Louis XVIII et fils du futur Charles X

Louis XVIII réside alors à Mitau en Lettonie. Le 10 juin 1799 :

le mariage de monseigneur le duc d’Angoulême avec Madame 5 fut célébré dans une grande salle du château, où l’on avait dressé un autel simple et entouré de fleurs. Son Éminence le cardinal de Montmorency, grand-aumônier de France, leur donna la bénédiction nuptiale 6

Mort du dernier confesseur de Louis XVI

Le 22 mai 1807, toujours à Mitau, c’est le décès de l’abbé Edgeworth de Firmont, ultime confesseur de Louis XVI, et l’occasion pour le roi d’écrire au frère du défunt :

La lettre que M. l’archevêque de Reims vous écrit, monsieur, vous instruira de la douloureuse perte que nous venons de faire. Vous regretterez le meilleur et le plus tendre des frères. Je pleure un ami, un bienfaiteur, un consolateur, qui avait conduit le Roi, mon frère, aux portes du ciel, et m’en traçait à moi-même la route… 7

L’exil du roi Louis XVIII en Angleterre

Mort de l’épouse du Roi : la reine Marie-Joséphine

Contraint de quitter le continent, Louis XVIII se réfugie en Angleterre, à Gosfield puis, au château d’Hartwell. C’est là que, le 13 novembre 1810, décède son épouse Marie-Joséphine.

Les funérailles furent célébrées à Londres avec solennité, et l’on suivit en partie les cérémonies usitées aux obsèques des Rois et reines de France 8.

Le Roi implore la clémence du tzar envers les 150 000 prisonniers français après la déroute de Bonaparte

Le temps passe… Pour l’armée impériale, c’est bientôt la « retraite de Russie » pendant laquelle nombre de Français trouvent la mort ou la prison. Louis XVIII écrit alors à l’empereur de Russie :

Le sort des armes a fait tomber entre les mains de Votre Majesté plus de 150 000 prisonniers. Ils sont la plus grande partie français. Peu importe sous quels drapeaux ils ont servi ; ils sont malheureux : je ne vois parmi eux que mes enfants. Je les recommande à la bonté de Votre Majesté impériale. Qu’elle daigne considérer combien un grand nombre d’entre eux a déjà souffert, et adoucir la rigueur de leur sort. Puissent-ils apprendre que leur vainqueur est l’ami de leur père ! Votre Majesté ne peut pas me donner une preuve plus touchante de ses sentiments pour moi 9.

31 mars 1814 : restauration de la Monarchie française

L’état d’esprit d’un monarque plein d’espoir pour son pays

La bataille de Leipsig achève de perdre Bonaparte… Le 31 mars 1814, les alliés entrent dans Paris… Le 3 avril, le sénat déclare la déchéance de Napoléon Bonaparte et proclame que Louis-Stanislas-Xavier est « rendu aux vœux des Français ».
Avant de fouler le sol français, le 24 avril 1814, Louis XVIII fait une déclaration dans laquelle s’exprime une joie évidente, parfois teintée de naïveté, la joie de rentrer au pays et celle de constater la sage attitude des alliés :

Livré à toutes les émotions que l’âme peut éprouver ; pénétré des affections les plus graves et les plus profondes que l’homme puisse ressentir ; ma situation est nouvelle, et je la crois sans exemple dans l’histoire du monde. La magnanimité des Souverains de l’Europe donne à ma pensée un essor nouveau… La veille, toute la constriction de l’angoisse ; le matin, de l’inquiétude sur la direction que prendrait le grand événement ; et à onze heures, toute la dilatation de la confiance et de la joie… Ce que je trouve dans mon cœur c’est le désir défaire le bien, et la joie céleste de pouvoir faire un bien immense… L’Europe veut la paix. Tous les États demandent la tranquillité, la sécurité pour tous ; et il ne faut dans les Souverains que la bonté ferme et courageuse, pour que tout se répare et s’améliore… 10

Le Roi signe la paix universelle du Traité de Paris après la guerre universelle de la Révolution

Le 3 mai, il entre aux Tuileries et déclare :

En remontant sur le trône de nos ancêtres, nous avons retrouvé nos droits dans votre amour, et notre cœur s’est ouvert tout entier aux sentiments que Louis XII, le père du peuple, et Henri IV, le bon Roi, ont jadis manifestés… Déjà un armistice, conclu dans les vues d’une politique sage et modérée, fait sentir les avantages précurseurs de la paix ; et le traité qui la fixera d’une manière durable, est l’objet le plus assidu, comme le plus important de nos pensées… 11

Le Roi s’empresse de convoquer la représentation nationale et, le 4 juin, lors de la séance d’ouverture des chambres, il prononce le discours suivant :

Messieurs, lorsque pour la première fois je viens dans cette enceinte m’environner des grands corps de l’État, des représentants d’une nation qui ne cesse de me prodiguer les plus touchantes marques de son amour, je me félicite d’être devenu le dispensateur des bienfaits que la divine Providence daigne accorder à mon peuple.
J’ai fait avec l’Autriche, la Russie, l’Angleterre et la Prusse, une paix dans laquelle sont compris leurs alliés, c’est-à-dire tous les princes de la chrétienté. La guerre était universelle ; la réconciliation l’est pareillement.
Le rang que la France a toujours occupé parmi les nations n’a été transféré à aucune autre, et lui demeure sans partage…
La gloire des armées françaises n’a reçu aucune atteinte…
Les routes du commerce, si longtemps fermées, vont être libres…… c’est guidé par l’expérience et secondé par les conseils de plusieurs d’entre vous, que j’ai rédigé la Charte constitutionnelle qui assoit sur des bases solides la prospérité de l’État 12.

Déclaration du Roi lors de la Charte constitutionnelle

La Charte constitutionnelle est adoptée le 4 juin 1814. Louis XVIII fait, au préalable, la déclaration suivante :

La divine Providence, en nous rappelant dans nos États, après une longue absence, nous a imposé de grandes obligations. La paix était le premier besoin de nos sujets… Une Charte constitutionnelle était sollicitée par l’état actuel du royaume ; nous l’avons promise, et nous la publions. Nous avons considéré que, bien que l’autorité toute entière résidât en France dans la personne du Roi, nos prédécesseurs n’avaient point hésité à en modifier l’exercice, suivant la différence des temps…
Ainsi, nous avons vu dans le renouvellement de la pairie une institution vraiment nationale, et qui doit lier tous les souvenirs à toutes les espérances, en réunissant les temps anciens et les temps modernes. Nous avons remplacé, par la chambre des députés, ces anciennes assemblées des Champs-de-Mars et de Mai, et ces chambres du tiers-état…
Sûr de nos intentions, fort de notre conscience, nous nous engageons, devant l’assemblée qui nous écoute, à être fidèle à cette charte constitutionnelle, nous réservant d’en jurer le maintien, avec une nouvelle solennité, devant les autels de Celui qui pèse dans la même balance les Rois et les nations 13.

Le 21 janvier 1815, le Roi organise le transfert de la dépouille mortelle du Louis XVI et de Marie-Antoinette du cimetière de la Madeleine à l’abbaye royale de Saint-Denis.

Bonaparte s’empare du pouvoir : les Cent-jours

Mars 1815 : Bonaparte s’évade de l’Île d’Elbe

Mais le 1er mars de la même année, Bonaparte quitte l’île d’Elbe pour reprendre le pouvoir. Le Roi fait, alors, cet appel aux Français

Après vingt-cinq années de révolution, nous avions, par un bienfait inégalé de la Providence, ramené la France à un état de bonheur et de tranquillité… Tout ce qui aime sincèrement la patrie, tout ce qui sent le prix d’un gouvernement paternel et d’une liberté garantie par les lois, ne doit plus avoir qu’une pensée, de détruire l’oppresseur qui ne veut ni patrie, ni gouvernement, ni liberté. Tous les Français, égaux par la constitution, doivent l’être aussi pour la défendre… 14

Le 13 mars, c’est au tour des « puissances » de s’exprimer :

Napoléon Bonaparte s’est placé hors des relations civiles et sociales… comme ennemi et perturbateur du repos du monde, il s’est livré à la vindicte publique 15.

Elles se déclarent, par ailleurs « fermement résolues à maintenir intact le traité de Paris du 30 mai 1814 15

Le Roi contraint à l’exil après la trahison du maréchal Ney qui a rallié l’armée à Bonaparte

Le 19 mars, Louis XVIII quitte les Tuileries, passe à Abbeville et Lille, gagne la Belgique le 23, passe à Bruges et Ostende et se fixe à Gand. De là, il s’adresse ainsi à la nation française :

Le Roi était impatient de parler à ses peuples… Mais, plus le Roi se sentait profondément ému de la fidélité de cette immense population française, et plus il se disait à lui-même que son premier soin devait d’être d’empêcher que, parmi les nations étrangères, la France ne fût calomniée, déshonorée, exposée à un mépris injuste, à une indignation non méritée, peut-être même à des dangers et à un genre d’attaque qui auraient pu paraître un châtiment juste d’une déloyauté supposée.
Ce premier soin est rempli…
Aussi éclairées sur les vraies dispositions de la France… les puissances réunies au congres de Vienne ont signé, le 25 du même mois, un nouveau traité, par lequel, avant tout, elles se sont engagées à respecter religieusement l’intégrité du territoire et l’indépendance du caractère français…
Leurs ambassadeurs sont venus apporter toutes ces communications à Sa Majesté… ils ont offert le nouveau traité des puissances à la signature du Roi.
Français, le Roi a délibéré et il a signé…
Sa Majesté a pensé aussi que cette communication adressée à ses fidèles sujets parviendrait à ceux qui sont encore rebelles, et pourrait, en les éclairant sur leurs dangers, comme en les détrompant de leurs erreurs, en ramener beaucoup à leurs devoirs. Le Roi a trop pardonné peut-être, et cependant il est aussi impossible à Louis XVIII de ne pas faire grâce que de ne pas faire justice… 16

Le Roi tente d’empêcher le carnage de la guerre universelle de Bonaparte lors des Cent-jours

Ce sont alors les « Cent jours » pendant lesquels 160 000 Français 17 sont sacrifiés. Et combien de ressortissants des autres nations européennes…
Pour tenter d’arrêter le carnage, le Roi s’adresse aux armées le 8 avril :

Soldats ! que me reprochez-vous ? Est-ce moi qui, pendant dix ans, ai constamment acheté la victoire au prix de votre sang ? Est-ce moi qui ait couvert les champs de l’Europe des ossements de vos compagnons d’armes ? Vous ai-je abandonné dans les sables de l’Égypte ou dans les neiges de la Russie ? Non, soldats, dans l’exil ou sur le trône, je fus toujours votre père ; sur le trône ou dans l’exil, je ne veux voir en vous que mes enfants… Soldats ! Je vous attends pour vous pardonner ; si je viens, il me faudra punir 18.

Le retour du Roi

Le Roi ne punit que quelques responsables ultimes du coup d’État de Bonaparte

En apprenant le désastre de Waterloo, le Roi envoie « cinq cent mille francs pour les besoins des soldats blessés… 19». Il quitte Gand et rentre en France le 24 juin. Le 25 du même mois, il s’adresse à ses sujets depuis Cambrai :

Revenu sur le sol de la patrie, je me plais à parler de confiance à mes peuples… mon gouvernement devait faire des fautes ; peut-être en a-t-il fait… Je veux tout ce qui sauvera la France… On a parlé, dans les derniers temps, du rétablissement de la dîme et des droits féodaux. Cette fable, inventée par l’ennemi commun, n’a pas besoin d’être réfutée. On ne s’attendra pas que le Roi de France s’abaisse jusqu’à repousser des calomnies et des mensonges. Le succès de la trahison en a trop indiqué la source. Si les acquéreurs de domaines nationaux ont conçu des inquiétudes, la Charte aurait dû suffire pour les rassurer… Je promets, moi qui n’ai jamais promis en vain (l’Europe entière le sait), de pardonner aux Français égarés tout ce qui s’est passé depuis le jour où j’ai quitté Lille, au milieu de tant de larmes, jusqu’au jour où je suis rentré dans Cambrai, au milieu de tant d’acclamations.
Mais le sang de mes enfants a coulé par une trahison dont les annales du monde n’offrent pas d’exemple ; cette trahison a rappelé l’étranger au cœur de la France ; chaque jour me révèle un désastre nouveau. Je dois donc, pour la dignité de mon trône, pour l’intérêt de mes peuples, pour le repos de l’Europe, excepter du pardon les instigateurs et les auteurs de cette trame horrible. Ils seront désignés à la vengeance des lois par les deux chambres que je me propose d’assembler incessamment… 20

Le roi s’insurge contre les représailles et règlements de compte sauvages perpétrés en province

Le 1er septembre, le Roi est, cependant, contraint de préciser que le respect des lois s’impose à tous.

Nous avons appris avec douleur que, dans les départements du Midi, plusieurs de nos sujets s’étaient récemment portés aux plus coupables excès ; et que, sous prétexte de se faire les ministres de la vindicte publique, des Français, satisfaisant leur haine et leurs vengeances privées, avaient versé le sang des Français…
Certes, de grands crimes, d’infâmes trahisons ont été commis… Mais la punition de ces crimes doit être nationale, solennelle et régulière… Ce serait offenser la justice… que de se faire à la fois juge et exécuteur pour les offenses qu’on a reçues… et quelques vives douleurs que nous en puissions ressentir, rien ne serait épargné par nous pour punir de tels crimes… 21

La paix et la concorde reviennent… Le Roi décède aux Tuileries, le 16 septembre 1824.
Les épreuves qu’il a surmontées, l’état dans lequel il a laissé la France à sa mort, intègrent pleinement Louis XVIII dans cette glorieuse lignée capétienne qui a construit notre pays et, le cas échéant, l’a relevé après les malheurs.

Dominique Coudé

  1. A. Antoine (de Saint-Gervais), Histoire de Sa Majesté Louis XVIII…, Paris, Pierre Blanchard, Librairie, 1816.
  2. Ce manifeste, peu connu, ne doit pas être confondu avec le « Manifeste de Brunswick », daté du 25 juillet 1792 et adressé au peuple de Paris par le duc de Brunswick, chef de l’armée prussienne.
  3. A. Antoine, op. cit., pp. 96-104.
  4. A. Antoine, op. cit., pp. 114-136.
  5. Marie Thérèse Charlotte de France, fille de Louis XVI.
  6. A. Antoine, op. cit., p. 147.
  7. A. Antoine, op. cit., p. 168.
  8. A. Antoine, op. cit., p. 174.
  9. A. Antoine, op. cit., pp. 176-177.
  10. A. Antoine, op. cit., pp. 185-190.
  11. A. Antoine, op. cit., pp. 203-205.
  12. A. Antoine, op. cit., pp. 211-213.
  13. A. Antoine, op. cit., pp. 214-218.
  14. A. Antoine, op. cit., pp. 227-228.
  15. A. Antoine, op. cit., p. 233.
  16. A. Antoine, op. cit., pp. 267-283.
  17. 160 000 Français pendant cent jouis, c’est-à-dire, 1 600 Français par jour ! Il est vrai que, un siècle plus tard, d’autres s’appliqueront à améliorer le score…
  18. A. Antoine, op. cit., pp. 285-286.
  19. A. Antoine, op. cit., p. 291.
  20. A. Antoine, op. cit., pp. 293-297.
  21. A. Antoine, op. cit., pp. 330-333.